Saviez-vous que 77 % des Français ignorent ou doutent que le manque de sommeil puisse influencer le poids ? Pourtant, les recherches sont claires : une mauvaise hygiène de sommeil augmente le risque de surpoids et de maladies associées. Le Plan National Nutrition Santé Obésité prévoit d’ailleurs d’intégrer des recommandations sur le sommeil, preuve que ce sujet devient incontournable. Quels sont les liens entre sommeil et alimentation ? Pourquoi le manque de sommeil favorise-t-il la prise de poids ?
Notre corps est programmé pour fonctionner sur une alternance repos nocturne/activité diurne. Pour rester en bonne santé, notre corps a besoin de ces périodes bien distinctes, où il fonctionne à jeun, la nuit, et à l’état nourri, le jour. Un sommeil de mauvaise qualité va perturber ce fonctionnement et peut générer des problèmes de santé. Cette alternance implique, entres autres, que l’action de manger est naturellement prévue pour se dérouler le jour et non la nuit. Les cellules de notre corps passent alors dans un fonctionnement de jeûne - le sommeil est la plus longue période sans prise alimentaire - au cours duquel la source principale d’énergie provient du gras (lipides) et non du sucre (glucides). Dormir est donc indispensable pour un bon fonctionnement métabolique et pour préserver notre capital santé.
Une durée de sommeil trop courte va effectivement favoriser une prise de poids ainsi que des maladies liées au poids comme le diabète, l’hypertension et l’obésité. La réduction du temps de sommeil provoque une diminution de la sécrétion de la leptine, hormone qui favorise la satiété, et une augmentation de la ghréline, hormone qui favorise la faim. L’appétit va donc naturellement augmenter conduisant à manger davantage avec une prédilection pour les aliments riches en sucres et en graisses. Outre ces facteurs hormonaux, le manque de sommeil peut également entraîner une prise de poids par des changements comportementaux : en allongeant la durée d’éveil, on augmente le temps disponible pour manger ; en augmentant la fatigue et la somnolence, on réduit son activité physique et on favorise le grignotage.
Une étude a montré qu’après 2 nuits de 4 heures de sommeil, on constate que la sécrétion de l’hormone de la faim (ghréline) est augmentée de 28 % par rapport à 2 nuits où
l’on dort plus de 10 heures. Dans ce même cas, l’hormone de la satiété (leptine) va, elle, au contraire baisser de 18 %. Ces changements hormonaux ont été également observés chez un grand groupe de personnes en fonction de leur durée de sommeil habituelle. On constate également que le manque de sommeil a un impact sur le poids : il est plus élevé lorsqu’on dort peu et lorsqu’on dort trop longtemps, avec la meilleure durée de sommeil qui se situe entre 7 et 8 heures par nuit pour prévenir la prise de poids.
Des études scientifiques ont montré que la prise d’aliments à une heure très tardive, à savoir sur la période nocturne, vient altérer notre sommeil probablement parce que le rythme jour/nuit dont a besoin notre métabolisme n’est plus respecté. Si de nombreuses études scientifiques prouvent qu’une mauvaise qualité et quantité de sommeil viennent altérer notre alimentation, en sens inverse les impacts de la composition de notre alimentation sur le sommeil ne sont, eux, pas encore prouvés scientifiquement. Rien ne nous permet donc d’affirmer aujourd’hui que la prise de tel ou tel aliment peut avoir des conséquences sur la qualité du sommeil. Le bon sens suggère d’éviter les boissons contenant des excitants comme la théine ou la caféine après la fin de l’après-midi pour les personnes qui ont du mal à trouver le sommeil le soir. L’équilibre alimentaire le plus favorable pour la santé correspond à l’alimentation de type méditerranéen. La bonne façon de manger, c’est ensuite de savoir s’écouter, pour percevoir ce que notre corps nous réclame, et quand il nous dit que cela suffit.
Réponse avec le professeur ANNE-LAURE BOREL
Professeur des Universités et Praticien Hospitalier spécialisée en nutrition