En France, on estime qu’un adulte fait un accident vasculaire cérébral (AVC) toutes les quatre minutes. Or, parmi les déterminants de la santé cardiovasculaire, le sommeil est l’un des 8 composants clairement identifiés. On comprend dès lors que troubles du sommeil et AVC sont étroitement liés. Ce domaine de recherche est développé à l’échelle internationale dans certains centres très spécialisés dont le CHU Grenoble Alpes, dans l’objectif final de créer des parcours de soins individualisés. De quelle nature sont les liens entre sommeil et AVC ? Quels sont les enjeux des recherches en cours pour la prévention et le bénéfice patient ?
Premièrement, sommeil et AVC ont un lien bidirectionnel : les troubles du sommeil sont un facteur de risque d’AVC et l’AVC lui-même peut entraîner ou être associé à des troubles du sommeil. Ensuite, prendre en charge les troubles du sommeil en prévention améliore le pronostic de nos patients. Enfin, il est possible d’améliorer la qualité de vie des patients après un AVC par une amélioration de la qualité de leur sommeil. Les troubles du sommeil sont associés à une fatigue plus importante, voire à de la somnolence en journée, avec un risque pour les patients de moins s’engager dans leurs activités de rééducation et celles de la vie quotidienne.
Les données montrent que troubles du sommeil et AVC établissent des « liaisons dangereuses ». La plupart des troubles du sommeil sont reconnus comme facteurs de risque potentiels d’AVC : apnée du sommeil, insomnie, durée de sommeil, qu’elle soit raccourcie ou rallongée. Par exemple, l’apnée du sommeil multiplie par 2 ou 3 le risque d’AVC. L’AVC étant un événement imprévisible par nature, une urgence médicale, on dispose de beaucoup plus de données en ce qui concerne les troubles du sommeil post-AVC : les patients qui présentent un déficit post-AVC (trouble de la marche, difficulté de parole…) et qui ont des troubles du sommeil récupèrent moins bien, d’où l’intérêt de diagnostiquer et traiter les troubles du sommeil après un AVC. On recherche également à identifier si le fait de prendre en charge l’apnée du sommeil permettrait de diminuer le risque de récidive d’AVC.
C’est le plus fréquent post-AVC. Il va concerner 30 % des patients pour des formes d’apnée du sommeil sévère, y compris très à distance de l’AVC (phase chronique), et 70 % des patients présentent une apnée du sommeil tout niveau de sévérité confondu. D’où la nécessité d’organiser le dépistage et la prise en charge des troubles du sommeil dans les parcours de soins de ces patients. De plus, ces troubles du sommeil sont associés à des symptômes diurnes qui sont la fatigue et, dans de plus rares cas, la somnolence dont la prise en charge est rendue difficile du fait du peu de ressources thérapeutiques disponibles. La première question à se poser pour améliorer la qualité de vie d’un patient qui présente une fatigue persistante post AVC est donc de savoir s’il n’y a pas de perturbation de son sommeil.
Le premier objectif serait d’optimiser la prise en charge des patients en définissant le délai optimal pour le diagnostic et la prise en charge des troubles du sommeil en général et de l’apnée du sommeil en particulier. Une meilleure compréhension des spécificités de l’apnée du sommeil post-AVC permettrait de créer un parcours de soins sur mesure au bénéfice du patient. On sait que dans les trois premiers mois après un AVC, le sommeil va être impacté, avec une évolution de la sévérité et de la nature des troubles du sommeil. Le deuxième élément d’exploration serait de mieux caractériser l‘évolution de la qualité du sommeil post AVC dans l’objectif d’évaluer si la « récupération » du sommeil pourrait être le reflet de la récupération fonctionnelle. Un troisième volet serait de mieux identifier les patients à risque d’événements cardiovasculaires secondaires post-AVC.
Avoir une alimentation saine, une activité physique régulière, maintenir un poids dans les normes et bien sûr respecter son besoin de sommeil. Prendre en charge le plus tôt possible les troubles (diabète, cholestérol, pression artérielle élevée) pour être acteur de sa santé et en modifier sa trajectoire pour prévenir le risque d’accident cardiovasculaire. À l’ère des horaires de coucher sans cesse repoussés et du dictat numérique, je souhaiterais insister sur la durée de sommeil qui est un composant très important. On estime que 15 % des AVC surviennent avant 50 ans…Un sommeil sain est donc devenu un enjeu de santé publique très important à plus d’un titre !